Juin 2015-

Ma très chère Ingrid, (n'est-ce pas ainsi que je commençais toutes mes lettres avec toi?), je me confie à toi aujourd'hui, car je viens d'apprendre une terrible nouvelle, plus qu’avant mon temps est compté, alors je voulais enfin te dire :

" Si les années ont passées et que nous avons déjà l'un et l'autre fait une bonne partie de note vie (en tout cas moi), que tous les deux nous sommes mariés, et que avons eu des enfants, que sommes ou avons été heureux aussi, cette année avec toi, reste pour moi extraordinaire  (sans doute la plus belle de ma vie !). Tu ne comprends pas, je sais, mon attachement pour cette époque, et moi inversement, je ne comprends pas du tout ton aversion pour elle... Cela Ingrid, je l'ai parfaitement compris (et quoi que tu puisses penser : je l'ai toujours admis !). Tu es mariée, heureuse sans aucun doute, tu as aussi connu ton mari à Cévenol et forme une "identité" avec ta famille, c'est très bien, cela doit-il effacer tes souvenirs en communs avec moi ? N'as-tu jamais eu, toi aussi de bons souvenirs à partager. Pourquoi n'as tu jamais eu aucune envie d'en discuter avec moi ? Pourquoi as-tu mis autant de distance entre nous ? Suis-je devenu, même après toutes ces années, un étranger à tes yeux ? Je pensais naïvement et simplement que pour toi aussi le temps passé n'avait pas gommé de ta mémoire notre amitié de cette année scolaire 1977-78. Mais pourquoi as-tu changé à ce point ? Moi qui gardais de toi l'image d'une jeune fille intrépide, naturelle, douce et sensible, sans aucun complexe, possédant un joli petit accent et un charme fou, toujours décidée, audacieuse, souvent étonnante et surtout, surtout incroyablement surprenante et imprévue. Ah oui et aussi très perspicace... Dire que j'ai été "déçu" est loin, très loin de ce que j'ai ressenti : d'abord étonné, puis choqué, puis extrèmement blessé, pour finir meurtri ! Je te le dis sincèrement, aujourd'hui encore, en y repensant, je ressens une véritable douleur au plus profond de mon corps. Pour te dire la vérité, avant de te retrouver en 2006, il m'arrivait déjà très souvent de penser à toi : "Que devient-elle? Où est-elle ? Est-elle heureuse ? Se souvient-elle de moi ? A t'elle conservé d'aussi bons souvenirs que moi ?". Et, si il est vrai que nous nous sommes quittés "fâchés", je ne suis jamais moi arrivé à t'oublier. De ton côté, si je me souviens bien, Hervé (en terminale) m'a un jour annoncé que tu lui demandais pourquoi je ne répondais pas à tes lettres (!) A l'époque, je n'ai pas relevé, mais bien plus tard j'ai réalisé que si tu conservais toujours des liens avec notre "bande de l'époque", sans que je le sache, et si il est vrai que tu m'aies écrit, mais qu'aucune lettre de toi ne me soit parvenue... alors mon Dieu, quelle tristesse..

Depuis notre séparation sur ce trottoir, j'ai toujours eu en moi ce profond sentiment de culpabilité. Je m'en voulais énormément et j'ai longtemps cherché à reprendre contact pour te l'expliquer (une lettre en terminale sans réponse, un coup de fil chez toi à l'occasion de ma visite à Amsterdam en 1981, et bien d'autres encore). Evidemment, je me rendais bien compte déjà que de ton côté, tu ne me recherchais pas, m'avais-tu déjà oublié, rejeté ? Bref, les années ont passé, et "miracle" (pour moi) je t'ai retrouvée par hasard sur le Web en 2006. Tu ne peux bien sûr pas savoir quel incroyable bonheur j'ai ressenti à ce moment, et j'ai immédiatement entrepris de t'écrire (j'étais bien trop fébrile pour téléphoner). Une, deux, puis trois lettres avant que tu m'appelles au téléphone. Mon Dieu, quelle déception, alors. Dès tes premiers mots : "Tu n'es pas patient !", j'ai compris que tes sentiments pour nos retrouvailles n'étaient pas du tout partagés (Dis-moi, comment aurai-je pu être patient, moi qui t'attendais depuis 30 ans... ?). La suite de la conversation, très banale par ailleurs, puisque j'étais déjà indifférent à tes yeux, a été du même acabit et sur le même ton. Ironie de la situation, tu m'as demandé à moi si j'avais des nouvelles de tes deux autres "ex" de l'époque (quelle maladresse, tristesse et manque de tact, et tu peux comprendre maintenant pourquoi !). La suite de notre maigre correspondance dans les mois qui ont suivi n'a pas été non plus très réjouissante pour l'un comme pour l'autre. Moi, me raccrochant absolument (apparemment insistant) pour continuer à correspondre, et toi essayant, je l'ai bien compris, de prendre tes distances. Mais pourquoi ? J'aimerais croire qu'à l'époque, pour toi aussi notre relation n'a pas été complètement insignifiante... J'aimerais tellement croire que je n'ai pas été un simple flirt parmi d'autres. J'ose espérer que au moins à un moment où un autre, tu as eu un peu de sentiment pour moi ? Ai-je j'ai compté un peu plus que les autres d'avant ? Je prie que oui. Moi en tout cas, j'ai eu l’impression d'un minimum de sentiments entre nous : "Fous-rires", complicités, moments privilégiés, découvertes, peines, joies, tristesses, tendresses, et déceptions aussi... N'avons nous pas partagé un peu d'intimité ensemble ? Avec toi, je me suis senti bien... et pour la toute première fois, véritablement amoureux. Grâce à toi, j'ai (énormément) apprécié les "premières fois"  Et aujourd'hui, je me demande parfois, si je n'ai pas rêver ta rencontre... Toi, apparemment tu n'as pas eu ce "problème"... et je t'envie ! Moi, je n'ai rien oublié. J'ai toujours eu dans ma tête (tous) les souvenirs intensément plaisants de cette année scolaire. Sache que de cette année, j'ai gardé encore de vrais amis, pour eux comme pour moi, cela a toujours été agréable de repenser à cette période, et j'étais évidement bien moins proche d'eux que de toi (tu peux t'en douter)... Alors, pourquoi n'as-tu pas, toi aussi de bons souvenirs à partager avec eux ? Avec moi ? De quoi, ou de qui as-tu peur ? ("le passé, c'est le passé , c'est ça ?"). Ma vieille amie, pourtant, Je te remercie, oui merci. Grâce à toi, j'ai surmonté de nombreuses épreuves. Pour toi, je me suis dépassé. Mes victoires et mes réussites, je te les ai toutes dédiées. Mes défaites, et mes doutes, grâce à toi, je les ai surmontés... Dans mes joies comme dans mes peines, ta présence m'a toujours accompagné... et pourtant, tu n'en as jamais rien su ! Oh que je regrette que tu m'aies laissé ! Mais c'est ainsi, je n'y peux rien. De ton absence, difficilement (très difficilement) je m'y suis fait. J'ai eu de la chance, j'ai été très bien entouré. J'ai fait de mon existence, une vie calme, tranquille, concentrée sur mes passions et remplie de raisons. Chaque jours, je me suis félicité de t'avoir connue, d'avoir eu cette "courte aventure" et cet immense bonheur avec toi, bonheur qui m'a pleinement CONTENTÉ tout au long de ma vie. Et quoi que tu puisses penser, je te remercie infiniment pour ces instants ! Merci.

(Celui qui va mourir te salut...)